février 2010
23 billets
C’est à partir d’aujourd’hui que RACINES, de Pierre Duba, est disponible en librairies.
Un rétrospective de l’œuvre de Pierre Duba sera visible en mars à Paris, ainsi que plusieurs rencontres et dédicaces.

“Est-il possible de percevoir dans une image ce qui n’a pas d’image ?”
C’est ce que se demande l’un des personnages de L’idiot de Dostoïevski, et cette question pourrait résumer le combat avec le visible que Pierre Duba semble mener dans tous ses livres.
Scrutant très minutieusement le réel, dans l’exaspération d’une grande virtuosité graphique, Pierre Duba se heurte sans fin aux limites de la représentation. Reproduire les apparences de la vie ne sert à rien, semble-t-il vouloir nous dire. Et partant de ce qu’il a sous les yeux, le monde le plus immédiat, le plus ordinaire, il fouille, rêve et combat par le rêve l’opacité même de la matière.
Mais ce rêve n’est pas le simple déploiement d’un imaginaire. C’est une exploration, une prospection, un rude travail d’excavation et de fouille dans le champ de notre regard. Quand sommes-nous vraiment devant ce qui nous fait face ? Quand voyons-nous vraiment ce qui nous entoure ? Nous ne voyons que ce que nous savons. Voir c’est avoir des visions.
Il faudrait casser en nous le réseau des visions apprises, le dressage de l’imaginaire qui interpose entre nous et la vie un bouclier d’interprétations. Il faudrait creuser, comme le personnage obscur de la fin de Racines en donne l’exemple, perforer la carapace durcie des apparences et fouiller dans les décombres, de retour dans un désordre où tout redevient possible.
Au cœur de ce combat, la question de l’écriture. Ce qui, justement, s’opère sans image, sans visible. Rien que la capacité de vision, nourrie par l’afflux des signes. Sans mots ou presque, Pierre Duba hante de livre en livre la question du langage et la friche infinie de ce qui résiste à toute formulation. Cette friche est l’au-dehors de notre monde connu, le territoire sans limites et sans jugement où cohabitent les forces qui nous agissent dans les plus inconcevables contradictions.
Comment éviter que le langage n’occulte ou ne fige la part d’informulé qui vit en lui ? Un écrivain s’épuise dans la matérialité de son art, vomit son écriture, impuissante à dire le manque ou le trop-plein. Il est enseveli sous la cendre de mots qui ne parlent plus. Il cherche d’autres langages que le langage, d’autres refuges que la mémoire.
Alors s’impose, comme une expérience de l’instant infini, un effondrement des murailles du sens commun. Dans le labyrinthe de son esprit, il voyage et se rencontre lui-même. Il est enfermé avec le minotaure.
Il est le minotaure et le labyrinthe.
Daniel Jeanneteau
Certaines personnes peuvent voir dans le trait un beauté que d’autres ne percevront jamais.
Le dessin est une magie très ancienne.
Alors même si c’est difficile, il faut essayer de rater le mieux possible ses dessins.” —Isaac Wens, 2010 {blog}
Comme chaque fin janvier, des quatre coins de Navarre, le clan de Rhony l’ornithorynque opère sa migration hivernale vers les lieux de reproduction de la bande dessinée. A l’abri des prédateurs, dans son stand terrier (près des poubelles) ou au point d’eau (hum…) du chat noir, les membres du clan s’ébattent librement, voisinant pacifiquement avec d’autres espèces venues faire de même.

Cette saison s’annonce sous les meilleurs auspices avec Racines de Pierre Duba, que quelques mâles du clan découvrent avec attention avant la parution en librairies le 18 février.

Les retrouvailles battent leur plein {ici, Gille Rochier, LL de Mars et Fabrice Erre} sous l’œil bienveillant de Rhony, figure tutélaire et géniteur de la lignée.

Mais rapidement, pour lutter contre le froid, les différents protagonistes s’activent {ici Mawil et Fabcaro} et tentent par tous leurs moyens d’écouler les nombreux livres qu’ils ont emporté pour cette migration. Le trajet de retour sera fatiguant, il faudra donc voyager le plus léger possible.

Le soir venu, l’ensemble de la troupe se retrouve au point d’eau. C’est l’occasion de joyeux ébats, réunions informelles ou s’élaborent les stratégies de la survie du groupe pour l’année à venir.

Les vieux mâles que l’on peut deviner sur cette image préoccupés par le service un peu lent tendent déjà leurs verres, afin d’accumuler force et sagesse pour les mois à venir.

Il faut calmer les jeunes, plus fougueux et indisciplinés, encore candide face aux dangers qui les guettent mais déjà prêt à en découdre avec la vie et ainsi perpétuer l’espèce.

C’est dans ce joyeux tumulte que la soirée prend fin. il faut reprendre des forces pour la nouvelle journée qui s’annonce. La nuit tombe et le silence se fait.
Ainsi va le monde sauvage de l’édition et de la survie des espèces rares dans un espace qu’il faut aujourd’hui toujours savoir préserver pour la richesse de la biblio-diversité.
janvier 2010
27 billets
Pendant 4 jours, tous les pieds de 6 Pieds sous terre seront présents et se mettront en 4 pour passer un agréable festival (qu’on vous souhaite bien bon également, merci).

Avec la présence de Pierre Duba : Jeudi (après-midi), Vendredi, samedi, dimanche matin | Gilles Rochier : Jeudi (après-midi), Vendredi, samedi, dimanche matin |
James : Jeudi (soir), Vendredi, samedi, dimanche matin | Guillaume Bouzard : Vendredi (après-midi), samedi | Nicolas Moog : Jeudi, Vendredi, samedi, dimanche matin | Antony Huchette : Jeudi (après-midi), Vendredi, samedi, dimanche matin | Nicolas Journoud : Jeudi (après-midi), Vendredi, samedi, dimanche | Stéphane Rey : samedi, dimanche matin | Fabrice Erre : Vendredi (après-midi), samedi, dimanche matin | Daniel Casanave : entre vendredi et dimanche | Mawil : entre vendredi et dimanche | Rémy Cattelain : entre vendredi et dimanche | Fabcaro : entre vendredi et dimanche | Maxi Lucchini (Bang !) : Jeudi à samedi midi
D’autres auteurs présents au festival passeront (ou pas) à leur convenance, dont Fifi, Nancy Peña, Jean Bourguignon, Pierre Maurel, Pierre Druilhe, Terreur Graphique (Jade 606U), Thobbias Wils (Jade), LL de Mars, Edmond Baudoin, Paco Roca, Émilie Plateau (Grand papier), 6P (Jade), Loïc Dauvillier, B-Gnet, Vincent Pianina, Wilizecat (Jade), Benjamin Mialet (Jade 606U), Yuio (Jade 606U)
Fredox, 2001” — Entretien avec Fredox par Lionel Tran
Publié dans la revue Jade
Aristophane, 1996” —Entretien avec Aristophane par Lionel Tran
Publié dans la revue Jade


L’HISTOIRE des anabaptistes de Münster est une histoire vraie, peu connue, mais très riche de sens. Elle se passe dans l’Allemagne de 1500 à 1536, à l’époque de Luther, d’Erasme et de Dürer. L’anabaptisme fut un mouvement sectaire protestant révolutionnaire. Les anabaptistes étaient ce que l’on a appelé des millénaristes, c’est à dire des gens qui, contrairement au christianisme orthodoxe, ne croyaient pas que l’homme était né mauvais, mais bon. Ceci eut une conséquence philosophique absolument majeure : le salut pouvait dès lors s’obtenir directement sur terre. Cette conception bouscula de beaucoup la configuration théologique de l’époque et fut la porte ouverte à toutes les interprétations et dérives : les anabaptistes allaient être les champions de cette révolution, et c’est véritablement eux qui poussèrent l’idée dans sa voie la plus radicale : le partage et la communion des biens dans l’établissement d’un paradis terrestre étaient enfin possible.